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De l'intimidation à la garderie. Vraiment?

par Nicole Malenfant

Dans le présent article, je réponds à une question posée par une RSG (responsable de service de garde en milieu familial). Elle se dit inquiète par le comportement d’un petit garçon de quatre ans qui se laisse influencer par un compagnon du même âge que lui. Cet enfant accepte de frapper un pair si son copain lui en donne l’ordre, le menace de lui retirer un jouet ou de ne plus être son ami s'il ne fait pas ce qu'il lui ordonne. Il va même jusqu’à consentir à faire caca sur le plancher à sa demande. La RSG est déroutée par cette situation qui ne s’améliore pas malgré plusieurs interventions de sa part.

Les comportements rapportés ici traduisent un problème d’intimidation qu’il faut faire cesser sans tarder. En n’intervenant pas ou en ne le faisant pas correctement, la situation risque de se détériorer. Chez de jeunes enfants, une relation marquée par un rapport de domination est susceptible de laisser des traces profondes et durables. «L’intervention précoce est d’une importance capitale pour prévenir le problème de comportements violents plus tard dans la vie»1.

Pourquoi de tels agissements ?

Que ce soit pour attirer l’attention de son entourage, ou pour se démarquer des autres ou pour se faire aimer, il arrive qu’un enfant se mette en position de dominant ou de dominé. Il faut savoir que dans les deux cas, les réactions des enfants traduisent un fragile sentiment de sécurité intérieure. Dans une situation d’abus de pouvoir, la victime comme l’agresseur éprouve un malaise profond, qu’ils ne peuvent surmonter seuls. Ils ont besoin d'adultes matures qui les protègent avec des règles claires et précises, qui doivent être appliquées avec fermeté et constance.

La collaboration des parents

Les parents de ces enfants ont-ils été informés de la situation ? Si non, il est impératif de le faire. Il est primordial d’en savoir davantage sur le contexte familial qui expliquerait, à tout le moins en partie, la détérioration des comportements des enfants à la garderie: rapport d’autorité exercé par un aîné, inhibition depuis l’arrivée d’un nouveau bébé, événement marquant. La RSG informe les parents des mesures qui sont prises à la garderie pour mettre fin à cette relation malsaine et elle leur demande leur collaboration.

Le rejet comme facteur déterminant

Se distinguer par une caractéristique physique (couleur de peau, port de lunettes, obésité, petite taille), comportementale (timidité, anxiété, agressivité, soumission), cognitive (retard de langage, niveau de compréhension faible) fait encourir le risque d’un rejet au sein d’un groupe. Cela débute aussi tôt que 3 ou 4 ans. Peut-être est-ce le cas de l’enfant qui se laisse influencer dans le cas présent? Est-il un membre non apprécié dans le groupe ? L’acceptation de la différence par les enfants débute par la présence d’un modèle positif dans leur entourage.

Que faire sur le moment ?

Lorsqu'une situation de victimisation se produit, éloignez les enfants l’un de l’autre en évitant d’accorder de l’attention à l’intimidateur. Il importe d’intervenir dès les premières manifestations agressives. Adressez-vous à l’enfant qui s’est fait intimider en appliquant la technique du reflet des sentiments : «Tu es triste lorsqu’il te dit cela, n’est-ce pas ?» Inutile de vous mettre en colère contre lui à le voir se laisser traiter ainsi. Assurez-le de votre aide : « Je ne laisserai personne te parler ainsi ou te demander une telle chose. » Attention cependant de ne pas tomber dans la consolation à outrance ou la surprotection. Vous devez montrer à cet enfant comment s’affirmer. « La prochaine fois, dis-lui non à ce qu’il te demande et éloigne-toi de lui. » Quant à l’enfant intimidateur, attendez le retour au calme pour lui énoncer clairement les interdits sans banaliser ni dramatiser son comportement:  « Je ne veux pas que tu fasses cela. À la garderie, personne ne menace un copain de ne plus être son ami ». Annoncez les conséquences que vous appliquerez si un tel comportement se reproduisait. Puis, agissez en conséquence le temps venu, s’il y a lieu. En parallèle, mettez en valeur les bons comportements de l'enfant.

Montrez-vous déterminée à mettre fin à la situation. Votre persévérance et la constance dans l’application des mesures prises joueront un rôle déterminant dans la réussite de votre plan d’intervention.

Miser sur la prévention

Il n’est pas tout de refréner et de supprimer les comportements qui posent problème, il faut aussi faire de la prévention. La promotion de comportements prosociaux tend à diminuer le nombre et l’intensité des interactions agressives et permet de réduire le risque de récidive. Comment faire de la prévention plus précisément? D'abord, par une observation attentive des enfants avant que ne surgissent les manifestations agressives. L’apprentissage de comportements prosociaux comme partager, faire preuve d’empathie envers autrui, utiliser le langage pour exprimer ses émotions se révèle essentiel. Cela n’est pas une tâche facile, mais ô combien gratifiante lorsque les résultats positifs se font remarquer au fil des jours.

Agir sur divers plans

Profitez des activités de groupe pour mettre en valeur les comportements pro-sociaux des enfants du groupe et pour enseigner les bons gestes. Une histoire abordant le sujet de l’intimidation ou une marionnette sympathisant avec la tristesse d’un enfant sont d’excellents moyens pour contrer la victimisation.

Il est essentiel de renforcer l’estime personnelle des enfants en les aidant à développer leurs forces et leurs talents. Faites ressortir ce qui est appréciable chez chacun d’eux. Accordez-leur du temps positif ici et là dans la journée. En leur confiant de petites responsabilités et en encourageant leur expression à tous niveaux - verbale, artistique, corporelle -, vous leur permettez de s’épanouir sur le plan personnel. Cela se répercutera dans leurs rapports avec autrui.

Au fur et à mesure que se développeront les habiletés sociales, les comportements d’intimidation vont diminuer. Si le problème perdurait sans connaître de répit, il faudrait demander de l’aide sans hésiter.


1 Liz Warwick, Centre d’excellence pour le développement des jeunes enfants. www.excellence-jeunesenfants.ca

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