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Laissons les enfants jouer comme des enfants!

Aujourd’hui, dans l’ensemble des services de garde éducatifs du Québec, on s’entend pour considérer le jeu comme moteur de l’apprentissage chez le jeune enfant. En appui avec les orientations du programme éducatif du Ministère, le jeu se veut l’outil principal par lequel l’enfant s’exprime, apprend et se développe»1. En partant de ce point de vue, voyons comment les professionnelles de la petite enfance notamment les éducatrices peuvent concrètement favoriser le jeu au quotidien.

Qu’on l’appelle jeu libre, jeu spontané ou jeu tout court, ce dont on parle ici est le jeu où l’enfant agit à la fois comme acteur et metteur en scène, et dans lequel aucun rendement spécifique n’est attendu. Jouer librement fait partie de la nature de l’enfant. «L’enfant joue parce que son cerveau est programmé pour jouer; il joue parce qu’il est disposé à jouer et non pour essayer d’apprendre ou d’accomplir quelque chose. Il joue par amour du jeu»2. Le psychanalyste Bruno Bettelheim figure parmi les théoriciens qui défendent l’importance du jeu quant au plaisir immédiat que l’enfant en tire et qui se prolonge en joie de vivre3.

À la différence du jeu dirigé par l’adulte, le jeu initié et mené par l’enfant est marqué d’un affect positif. L’enfant s’investit tout entier; il manifeste par des sons, des mots ou des attitudes qu’il aime jouer. Lorsque l’enfant mène le jeu, son cerveau sécrète des opioïdes qui font baisser le taux de substances réactives au stress, reconnues pour leurs propriétés anti-agressives4. Si l’enfant ne fait que suivre des objectifs fixés par l’adulte ou le jeu lui-même, il voit cette activité non plus comme un jeu, mais comme une tâche : il finit par se frustrer et croire qu’il ne fait rien de bien. Au contraire, en ayant la possibilité de mener le jeu, l’enfant se dit que ses idées sont bonnes et se sent existé.

Par le jeu qu’il initie et mène, l’enfant fait l’expérience de l’imprévisibilité. C’est lui qui structure ses actions. Il est invité à faire différents choix tout au long de sa démarche, à penser, à déduire, à classifier, à s’interroger, à dénouer les obstacles qu’il rencontre. Ses habiletés sociales et émotionnelles sont aussi sollicitées: il négocie ses règles pour arriver à un consensus, forme des coalitions, détecte des nuances dans le comportement de ses pairs, apprend la réciprocité, s’entraîne à maîtriser ses émotions. Tout cela lui permet de développer son jugement moral et sa capacité de s’intégrer à des groupes5.

Si on veut consolider le lien affectif enfant-adulte, il faut savoir laisser l’enfant mener le jeu, sans prendre toutes les directives, selon Sue Jenner, psychologue et auteur de The Parent-Child Game. Celle-ci a souvent constaté que les enfants les plus difficiles étaient ceux-là même qui ne menaient pas le jeu quand ils s’amusaient avec leurs parents. En leur laissant l’occasion de diriger le jeu, en montrant à leurs parents comment avoir la bonne attitude, ces enfants devenaient beaucoup plus agréables. Pour les enfants avec qui la communication et le lien sont difficiles, l’éducatrice a tout intérêt à remettre en question la qualité de sa présence lors des moments de jeu de l’enfant.

Lors des périodes de jeu initié et mené par l’enfant, l’éducatrice adopte une attitude d’écoute et d’accueil. Elle s’assure de demeurer physiquement disponible à l’enfant et émotionnellement à sa disposition6. Par exemple, elle peut s’asseoir à ses côtés, donner un écho à ce qu’il fait par un regard, un sourire, un commentaire, un geste affectueux ou un silence. Mais, elle ne dérange pas inutilement l’enfant en train de jouer.

Lorsque le jeu devient frustrant pour l’enfant, l’éducatrice applique diverses stratégies. Tout d’abord, elle tente de décoder le besoin qu’exprime l’enfant : aurait-il besoin de se reposer, de boire, de changer de jeu, d’être encouragé à persévérer? Elle reflète en mots ce qu’elle saisit : «tu aimerais réussir du premier coup, et quand tu n’y arrives pas, cela te fâche». Elle peut poser des questions pour l’amener à trouver une solution à son problème : «Avec quoi pourrais-tu faire tenir cette boîte? » ou encore, elle peut faire des suggestions: «J’ai trouvé un superbe endroit pour faire rouler les petites autos». Elle peut offrir à l’enfant de participer à son jeu en suivant ses règles, en devenant un joueur: «Que veux-tu que je fasse?»

En partant des champs d’intérêts observés chez l’enfant, l’éducatrice planifie dans l’horaire quotidien des périodes continues de jeu suffisamment longues - d’un minimum de 45 minutes - pour permettre à l’enfant d’aller au bout de son jeu, et ce, en alternant périodes de jeu à l’intérieur et à l’extérieur. Elle organise des espaces de jeu attrayants bien délimités et met à la disposition des enfants du matériel en quantité suffisante, qui offre la possibilité de nouvelles combinaisons et de nouveaux rôles par eux. Aussi souvent que nécessaire, elle refait la mise en place du matériel et assure son renouvellement.

Dans un contexte de jeu initié et mené par l’enfant, l’éducatrice est en mesure de reconnaître ce que l’enfant retire du jeu qu’il mène, et ce, à divers niveaux. Ainsi, elle construit une connaissance de l’enfant quant à ses forces et ses limites, et le soutient dans son évolution. Dans sa planification pédagogique, elle accorde une place de choix au jeu initié et mené par l’enfant. Enfin, elle fait valoir aux parents, sur une base régulière, l’apport considérable de ce type de jeu dans une perspective de développement global et de préparation vers l’école de leur enfant.

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BIBLIOGRAPHIE

Carnet du Savoir (2006). Laissons-les s’amuser : l’apprentissage par le jeu chez les jeunes enfants. www.ccl.cca.ca.

Ferland, F. (2005). Et si on jouait? Nouvelle édition, Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine, Montréal.

Hirsh-Pasek, K. et R. Michinick Golinfoff (2009). Pourquoi Jouer = Apprendre dans Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants www.enfant-encySmith, P. et A.

Martin, J. et autres (2009). Le bébé en services éducatifs. PUQ, Sainte-Foy.

Pelligrini (2009). Apprendre en jouant dans Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants. www.enfant-encyclopedie.com

Pellis, S. cité par N. Mercier. «Laissez-les libres» dans  Québec Science, septembre 2009, p. 16.

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